La transparence du temps

PADURA Leonardo

La Havane, 2014. À bientôt soixante ans, l’ex-flic Mario Conde vivote du maigre commerce de livres anciens lorsqu’un vieil ami de classe lui demande son aide pour retrouver la statue d’une miraculeuse Vierge Noire dont il a hérité. Sauvée par son grand-père fuyant la Catalogne en 1936, cette vierge lui a été dérobée par son amant. Pourquoi une telle fascination – qui va aller jusqu’au meurtre – pour cette statue ?Le dernier livre de Leonardo Padura (Ce qui désirait arriver, NB juillet-août 2016) conjugue, comme c’est souvent le cas dans ses romans précédents, enquête policière et fresque sociale haute en couleurs. Des quartiers huppés de La Havane aux bidonvilles misérables et délabrés, on ressent profondément, grâce au style très coloré, le fossé qui sépare une population que taraude la faim permanente, survivant à coups de café et de mauvais rhum, d’un certain nombre de privilégiés vivant dans l’opulence, souvent à partir de trafics juteux et mafieux. La profonde humanité du personnage récurrent, ex-policier vieillissant, au flair infaillible et au regard désabusé, la peinture de ce petit monde pittoresque, l’histoire de la statue, les flash-back historiques sur les croisades et le naufrage des Templiers, ajoutent à l’intérêt de ce roman passionnant. (A.M. et M.-N.P.)