Un petit bout d’enfer

CORENBLIT Rachel

Seize ans. Elle n’a que quatorze ans mais en paraĂźt seize, et joue Ă  franchir les limites, ce qu’elle fait en entrant dans cette salle de cinĂ©ma oĂč se donne un film d’horreur. Seize ans, c’est la durĂ©e de son mariage, un Ă©chec complet qui finit dans un bain de sang : il vient de tuer sa femme et son nouveau compagnon, puis ses enfants, avec un fusil de chasse. Quand il se rĂ©fugie dans cette salle de cinĂ©ma, il y a dĂ©jĂ  lĂ  une ado et, plus loin, deux autres jeunes. À cet instant, pour chacun, le scĂ©nario d’horreur qui commence n’est pas celui qui dĂ©file sur l’écran.

 

Croiser par hasard la route d‘un tueur fou : le processus infernal, aux rebondissements prĂ©visibles, s’enclenche. L’adolescente rebelle, classiquement en quĂȘte de certaines Ă©motions fortes, en aura pour son compte, et n’en sortira pas indemne. Au-delĂ  des interrogations puis de la terreur Ă©prouvĂ©e, la confrontation avec le tueur fou rĂ©vĂšle, au cours de leur cavale dĂ©sespĂ©rĂ©e, des similitudes de parcours d’enfance. Et en elle, sans doute, une certaine forme de douleur psychique muette qui rejoint celle de son tortionnaire. La conclusion est noire, comme le suspense de cette rencontre de deux destins marquĂ©s par le manque d’amour installĂ© dĂšs l’enfance, et ressenti Ă  travers le philtre d’une hypersensibilitĂ© blessĂ©e en secret par l’attitude de l’entourage parental. Bonne analyse, mais rĂ©cit chargĂ©, hĂ©moglobine en prime.