Les Affligés

WOMERSLEY Chris

En 1919, Quinn Walker, un jeune soldat australien revient d’Europe, très “abîmé” par la guerre. Et alors qu’il avait été porté disparu, le voilà qui chemine vers sa bourgade natale ravagée par une épidémie de grippe espagnole. Dix ans auparavant, il avait fui famille et amis après avoir été aperçu, couvert de sang, à côté du corps de Sarah, sa soeur de douze ans. À son retour, pour échapper à la vengeance de ses proches, c’est en secret que Quinn rend visite à sa mère mourante et se remémore avec elle la benjamine tant aimée. Terré dans les bois, accablé par les soupçons qui pèsent sur lui, il fait une bien étrange rencontre. Une petite sauvageonne d’une dizaine d’années survit elle aussi dans une cachette et, seule au monde, attend désespérément son frère dont la guerre l’a privée. À la fois frêle et pleine d’assurance, tour à tour puérile et très mature, autant fée que sorcière, comment en sait-elle autant sur le meurtre dont il est accusé et pourquoi met-elle une telle insistance à pousser Quinn à se faire justice ? Ce deuxième livre, plusieurs fois primé, de l’Australien Chris Womersley – auteur également de très nombreuses nouvelles -, est le premier publié en France. Écrit avec le lyrisme et l’ampleur des grands romans américains, aussi noir que lumineux, il mêle tous les paradoxes possibles : rituels magiques et vie quotidienne, onirisme et réalisme, innocence, culpabilité et rédemption. Face aux traumatismes dus à la guerre, aux épidémies, aux violences en série, s’expriment le chagrin, la tendresse, les regrets liés à l’enfance trop vite enfuie. Un maelström de sentiments qui se bousculent et peinent parfois à se dire. Cependant, grâce à l’extrême attachement qui lie la gamine et le vagabond, tous deux cabossés par la vie, chacun retrouve dans l’autre l’alter ego qu’il a perdu. Le contexte d’une époque troublée, l’intrigue, ses rebondissements et leur cortège d’émotions orchestrées en un crescendo bien maîtrisé rendent ces pages captivantes et confèrent à cette tragique histoire une fébrilité et une puissance étonnantes ; ainsi le souvenir qu’il en reste, une fois le livre terminé, est-il particulièrement fort.