Le script.

MOODY Rick

Rick Moody poursuit avec efficacité et désenchantement son étude de la dérive d’une certaine société américaine (L’Étrange horloge du désastre, NB novembre 2004), en l’occurrence celle du cinéma et de la télévision, à travers la vie d’une petite maison de production new-yorkaise. Sa directrice croule sous les problèmes : mère ivrogne, comptable disparaissant avec une grosse somme, associé, star mégalo, séducteur maladif, peu fiable, et, cerise sur le gâteau, Le script génial d’une future série télé qui a disparu. Ses assistantes, aussi déstructurées qu’elle, subissent ses humeurs, mais elles tiennent à leur travail et surtout à l’aura qui y est liée. La quête du “script” (des scripts, les jours passant, chacun en inventant un) fait rencontrer des personnages dramatiquement caricaturaux : sikh à turban cinéphile obsessionnel, mormon sans épouse, coursier schizophrène, peintre d’“Art brut”, pasteur ayant perdu la foi… Il faut beaucoup de courage pour dépasser les quarante premières pages, déconcertantes, de ce très long roman, à l’écriture répétitive mais efficace, pour ensuite s’intéresser à cette parodie loufoque d’un système social peu réjouissant et apprécier nombre de descriptions d’un goût douteux.