La goĂ»teuse d’Hitler

POSTORINO Rosella

A l’automne 1943, Rosa Sauer, aprĂšs le dĂ©part de son mari pour le front russe, quitte Berlin bombardĂ©. Cette belle et Ă©lĂ©gante secrĂ©taire de vingt-six ans part vivre chez ses beaux parents qu’elle connaĂźt Ă  peine. Leur ferme, au fin fond de la Prusse orientale, est Ă  proximitĂ© immĂ©diate du QG d’Hitler de Rastenburg, la fameuse TaniĂšre du Loup cachĂ©e dans la forĂȘt. Des SS viennent chercher Rosa. La voilĂ , enrĂŽlĂ©e de force moyennant un petit salaire pour ĂȘtre une « goĂ»teuse » des repas du FĂŒhrer que l’éventualitĂ© d’un empoisonnement obsĂšde. Elles se retrouvent chaque matin Ă  une dizaine de femmes dans une Ă©cole transformĂ©e en rĂ©fectoire, la peur au ventre. Pour elles, c’est Ă  la fois une chance car la faim les tenaille et un cauchemar car chaque repas peut ĂȘtre le dernier sous le regard sĂ©vĂšre, Ă©grillard ou mĂ©prisant des SS. La rencontre d’une chĂątelaine locale, l’arrivĂ©e d’un nouveau lieutenant, l’attentat commis par Stauffenberg contre le QG et la fuite prĂ©cipitĂ©e d’Hitler changent l’existence de Rosa, pour le meilleur comme pour le pire 
 Rosella Postorino s’est inspirĂ©e pour ce roman d’une histoire vraie, celle de Margot Wölk qui ne la rĂ©vĂ©la qu’en 2013 au Daily Mail mais que l’auteure ne put rencontrer avant sa mort. L’intĂ©rĂȘt majeur du roman tient Ă  la puissance d’évocation de ce quotidien de femmes trĂšs diffĂ©rentes, depuis les bonnes nazies jusqu’à la juive clandestine, toutes tĂ©tanisĂ©es par l’angoisse. Rosa, en particulier, est considĂ©rĂ©e avec suspicion et hostilitĂ© par la plupart de ses comparses. Elles vont se chamailler, s’aimer, se haĂŻr, s’entraider aussi avec, omniprĂ©sent, le sentiment de culpabilitĂ© confrontĂ© Ă  l’instinct le plus basique : un Ă©goĂŻste dĂ©sir de survie.Tous les personnages du roman se dĂ©battent dans un contexte historique trĂšs documentĂ©. On en apprend du nouveau sur Hitler, ses fantasmes « et ses tripes », lui qui n’apparaĂźt qu’en filigrane des pages tel une ombre malĂ©fique. Un rĂ©cit envoĂ»tant, d’autant plus poignant qu’il repose sur des faits ignorĂ©s pendant plus de cinquante ans et, dorĂ©navant, inoubliables. (B.D., B.T. et C.G.)