Dans la ville provisoire

PELLEGRINO Bruno

Un archiviste d√©butant est charg√© de dresser l’inventaire des travaux en cours, manuscrits, photos et papiers divers, qu’une traductrice francophone prim√©e a laiss√©s √† son dernier domicile. Elle habitait depuis trente ans le centre historique d’une cit√© lacustre menac√©e de submersion. Le jeune homme, arriv√© en hiver dans cette ville √©trang√®re qu’il visite pour la premi√®re fois, est log√© dans une r√©sidence √©tudiante inconfortable sur une √ģle proche. Il se rend chaque jour dans la demeure encombr√©e. Peu √† peu il imagine la personnalit√© de l’absente et s’en impr√®gne.

√Čtonnant et ma√ģtris√©, c’est le troisi√®me roman d’un jeune √©crivain vaudois. Une ambiance inqui√©tante, un d√©cor ruisselant dans lequel on reconna√ģt √©videmment Venise, jamais nomm√©e. Un narrateur solitaire et perfectionniste, totalement investi dans la t√Ęche qu’on lui a confi√©e, qui se laisse submerger par le pouvoir de l’absence et la tentation de l’identification √† une personne par le biais d’objets quotidiens. Les odeurs, sons et √©clairages, sont admirablement rendus. L’√©criture est pr√©cise, concr√®te, tr√®s √©vocatrice, de plus en plus sensuelle et envo√Ľtante. L’atmosph√®re aquatique culmine dans les sc√®nes finales, oniriques dans la vision qu’en donne le narrateur, alors que La S√©r√©nissime r√©siste une fois encore √† l’acqua alta. Un r√©cit intimiste dont on conserve longtemps l’empreinte forte. (T.R et S.H)