Border

HOUSSAY Jacques

Scribouilleur est un écrivain public à l’écoute et au service des autres. Il vit sur un territoire urbain, entre zone de fret et autoroute, appelé Le Border, et se veut le témoin de ses habitants, tous paumés comme lui. Il y a Écureuil, le pickpocket devenu assassin, l’Italien mort tragiquement, happé par le vide, Misérable, le Jamaïcain, Jeanne qui saute au lieu de parler… Ces hommes et ces femmes sont tous issus du même espace, exerçant une terrible force d’attraction qui les colle au sol irrémédiablement.  Le roman retrace l’errance de marginaux mais le vrai personnage du livre c’est Le Border. Une terre personnifiée, à la fois nourricière et castratrice, une terre qui enferme. Dans des chapitres courts, parfois une ligne, Scribouilleur évoque ses compagnons d’infortune. La terre les « absorbe » jusqu’à leur faire perdre leur nom. Certains passages sont touchants lorsque le narrateur évoque sa mère sur le point de mourir ou Jeanne, figure lunaire et attachante. Mais dès les premières pages le pessimisme extrême est saisissant. Tout est joué, impossible de s’échapper. L’écriture est belle, donne parfois du souffle à la tragédie mais ce lyrisme du bitume devient étouffant de noirceur. (F.E. et M.-T.D.)