Rabot

GIRAULT Adrien

Du lieudit Beauregard où s’étire, entre ennui et sous-entendus, le repas qu’il partage avec sa mère et sa grand-mère, il s’en va. Juste après le passage inattendu d’un inconnu peut-être moins inconnu qu’il le paraît. Sac à dos et fusil de chasse pris à la hâte, il s’éclipse. Vers où ? Vers quelle ville dévastée, désormais livrée à la mort et aux pillards ? Vers quel rendez-vous au coeur d’une forêt glaciale où la survie à marche forcée semble le seul projet des quelques hommes agglutinés là ?  Étrange roman noir dont les clefs restent délibérément incertaines. La longue errance du héros narrateur conduit, métaphoriquement sans doute, aux confins dantesques d’un monde post-apocalyptique entre ruines urbaines et nature brutale. Pour payer quel tribut ou pour venger quel passé ? Le roman en effet est aussi l’évocation lancinante d’une enfance traversée par la tragédie : la mort inexpliquée du père. S’en suit un climat d’angoisse onirique qui peu à peu gagne le texte servi par la poésie d’une écriture foisonnante qui alterne, différenciés par la graphie, moments du passé et présent.  Riche en images et en échos littéraires ou cinématographiques, un roman déroutant mais  prenant.  (C.B et T.R.)