Le sommeil du caïman

SOLER Antonio

Il est réceptionniste dans un hôtel de Toronto, a trouvé dans le renoncement absolu une sorte de paix intérieure. Un jour, un homme se présente au comptoir. Son nom, Bielsa, fait ressurgir l’autre vie, savamment oubliée, déroulée trente ans plus tôt en Espagne franquiste quand il appartenait à une faction d’extrême gauche qui préparait l’assaut d’une poudrière militaire. Bielsa, après avoir intégré le groupe, a séduit sa compagne et trahi ses camarades, entraînant la mort de certains et des années d’emprisonnement pour d’autres. Par sa duplicité, il aura changé le cours de bien des vies. Mérite-t-il de vivre ?

 

Bien que décousu, ce récit est porté par une construction très maîtrisée et par le ton incroyablement désabusé du narrateur, revenu de tout et n’attendant rien. Sa vie, « perdue dans le néant », s’incarne à mesure que surgissent les souvenirs. Déjà remarqué par Le Chemin des Anglais (NB février 2007), Antonio Soler fait encore une fois preuve d’un style très fort qui donne une belle intensité à cette réflexion sur la nature humaine, le libre arbitre et la mémoire.