Loin de cet enfer

AL-MOHAIMEED Yousef

À la gare routière de Riyad, Turad veut prendre un bus, quitter la ville, enfin, mais pour aller où ? Il médite, revit son passé riche en expédients, blessures, humiliations. Son drame, c’est qu’il n’a plus qu’une oreille ; quelle déchéance, pour un bédouin ! L’évocation de sa vie se mêle à celle, pire encore, de son compagnon d’infortune, le Soudanais Tawfiq, enlevé, vendu et émasculé dans son enfance par des négriers. La lecture d’un dossier vert lui fera découvrir un troisième destin, celui d’un enfant trouvé dans la rue, éborgné, dont Turad se sent proche.  L’auteur est un véritable conteur, et ses trois histoires s’entrelacent, ménageant le suspense, tenant le lecteur en haleine et le faisant pénétrer dans la mentalité et la façon de vivre saoudiennes. Prenant, original et très bien construit, le roman est cruel, pessimiste. Ici, peu de femmes – toujours capricieuses et dangereuses – et surtout des hommes – impitoyables comme le soleil du désert et les loups qui l’habitent.