Lettres de la guerre : de ce vivre ici sur ce papier décrit

ANTUNES António Lobo

En 1971, tout juste marié, diplômé de médecine, Antunes part pour la guerre en Angola. Follement amoureux de sa femme enceinte, désespéré de la quitter, il lui écrit pendant deux ans quasiment tous les jours. Ces lettres intimes, jaillies dans le feu du désir et de l’attente, sans aucun apprêt littéraire, ont été publiées par ses filles, selon la volonté et à la mort de la destinataire.

 

Forcément répétitives, chacune surprend cependant par la puissance du sentiment amoureux et son érotisme étoilé de poésie. Beaucoup amusent par un humour qui fait écran à l’atrocité de la guerre et aux conditions quotidiennes inhumaines. L’auteur, profondément sensible derrière sa distance ironique d’intellectuel, peint ses compagnons, militaires ou villageois, rapporte des anecdotes grotesques ou tragiques. Surtout, désespéré de solitude, il survit par l’écriture, oscillant entre la conscience de son génie et celle de son indignité. Nous savons maintenant combien cette expérience de la guerre a irrigué l’oeuvre postérieure de ce grand écrivain (cf. Bonsoir les choses d’ici-bas, NB octobre 2005). Ces lettres y tiennent une place à part. Peut-être la meilleure.