Les 9 vies de Philibert Salmeck

BEMELMANS MARCIANO John, BLACKALL Sophie

Dernier hĂ©ritier d’une lignĂ©e de crapules nĂ©erlandaises dont il semble avoir les mauvais penchants, Philibert Salmeck veut Ă©chapper au destin de ses ascendants tous morts jeunes et d’horrible maniĂšre. À quoi bon la fortune si elle ne permet pas TOUT ? Et s’il se faisait transplanter les neuf vies de son chat, le dĂ©nommĂ© Shad Mahler ? VoilĂ  bien une idĂ©e de Salmeck, « une IdĂ©e de GĂ©nie ». À nanti, rien d’impossible : le richissime gamin de douze ans voit son caprice exaucĂ©. Lui qui vivait sous cloche dans une forteresse de Chinatown de peur d’une mort imminente, en compagnie du seul Austerman son fidĂšle prĂ©cepteur, peut dĂ©sormais faire les 400 coups du haut de ses vies de rechange. : noyade, Ă©lectrocution, saut dans le vide, cocktails dangereux sont autant d’occasions de mourir ; il ne s’en prive pas ! Mais ce feu d’artifice n’a qu’un temps
Conte moral ou philosophique, voilĂ  un rĂ©cit aussi macabre que rĂ©jouissant, menĂ© tambour battant par un Ă©crivain Ă  l’humour noir ravageur. À lire cette histoire de vie(s) dont le pitoyable hĂ©ros fait un scandaleux gaspillage, on peut rire jaune car la peur de la mort conduit Ă  des absurditĂ©s. Ne se sentir vivre qu’en risquant sa vie ou s’empĂȘcher de vivre par peur de mourir : rĂ©flexion grave, en filigrane d’un texte dont le parti est de nous faire rire.La saga familiale n’hĂ©site devant aucune outrance pour caricaturer l’ascension sociale de nĂ©gociants en oignons de tulipes ( !) au milieu du dix-septiĂšme siĂšcle, inventeurs Ă©hontĂ©s du capitalisme ! Quoi d’étonnant Ă  ce qu’une branche de la tribu ait Ă©migrĂ© en AmĂ©rique ? La mort catastrophique des uns et des autres obĂ©it Ă  la mĂȘme logique folle : la critique de l’égoĂŻsme, de l’impudence, de la cruautĂ© gratuite prend la forme d’une justice immanente tellement inventive et drĂŽle que l’horreur le cĂšde au rire. L’itinĂ©raire de Philibert est de la mĂȘme veine : organisĂ© en autant de chapitres que le hĂ©ros a de vies, le rĂ©cit profite de la libertĂ© du conte pour mettre en scĂšne les extravagances de l’inconscient trompe-la-mort : clin d’oeil au mythe d’Icare, parodie de la corrida, noyade ratĂ©e, tout est fait pour faire rire au dĂ©triment de l’arrogant qui ne sait mĂȘme pas s’amuser ! Le dĂ©nouement joue de l’ironie dramatique : c’est une allergie au poil de chat domestique qui provoque la fin irrĂ©mĂ©diable du greffĂ©. Et si c’était une intolĂ©rance Ă  l’immortalitĂ© ?Le texte est ponctuĂ© de dessins au crayon noir caricaturaux : le spectre de la mort y promĂšne faux et sablier dans la tradition des danses macabres, sans laisser d’illusion sur l’avenir infernal du dernier des Salmeck. Jubilatoire !