Le chagrin du roi mort

MOURLEVAT Jean-Claude

Des décors grandioses dont les descriptions jouent un rôle important dans un roman prenant, au charme inimitable : Petite Terre, une île minuscule où règne la paix, perdue dans les mers glacées du Nord ; Grande Terre, soumise à l’absolutisme d’un puissant rancunier et jaloux de son pouvoir ; et un bout de continent aux plaines immenses, dont l’horizon se perd dans l’infini d’un ciel gris de neige, où ce guerrier portera le feu et la désolation. Dans ce cadre impressionnant magistralement dépeint, se débattent des héros au destin hors du commun.

Celui d’Aleks, entre dix et vingt-cinq ans, bascule de l’enfance à la guerre, dans l’incompréhensible séparation d’avec Brisco, son frère enlevé par une femme étrange et séduisante. Se croyant jumeaux, inséparables depuis toujours, ils sont brusquement projetés dans des destins contraires, à l’image des terres parcourues par le récit. La longue errance du héros, de l’enfance à l’âge adulte, s’apparente à une double quête d’amour : la recherche du frère laisse peu à peu place à l’amour pour une femme, lumineuse rencontre dans un monde en proie à la violence et à la dureté.

Dès les premières pages, l’écriture habile, fluide, ménage mystère et émotions pour embarquer le lecteur dans une saga foisonnante de personnages vrais : parents, hommes de pouvoir, soldats dans la tourmente, et jusqu’à la sorcière mangeuse de rats qui se sacrifiera pour tenter de réunir les deux enfants. On ne lâche qu’à la dernière page cette histoire racontée avec un tel talent !