Dévorations.

MILLET Richard

Estelle, orpheline trentenaire, en mal d’homme et de mots, sert dans l’auberge lugubre de son oncle à Saint-Audian (Haut-Limousin). Sa solitude et la lubricité de certains villageois ne donnent que plus d’attrait à l’arrivée du nouvel instituteur, ex-écrivain mystérieux, revenu de tout… D’échanges de propos insignifiants en douloureuses promenades, poussée par son oncle et sa seule amie, Estelle tombe vite sous l’emprise – amoureuse ? – du “maître”. Or celui-ci n’a d’attentions véritables que pour sa paix quotidienne, son isolement subtilement feint… et une certaine mère d’élève turque.

 

Après Le goût des femmes laides (NB novembre 2005), Richard Millet met en scène une femme-enfant campagnarde, entre innocence et fantasmes, abnégation et harcèlement. L’alcool terre chaque personnage dans sa solitude et l’indifférence croissante du maître à son égard fait vaciller Estelle, tous désirs enfin exprimés. Le ton est souvent cru (fragilité intestinale de l’héroïne), le style ciselé dans ces Dévorations successives qui sont à l’image des rapports humains selon le maître (-auteur ?).