La mĂšre de Gwenn, presque douze ans, dĂ©cĂšde d’un cancer du sein Ă quarante-sept ans. Se sachant condamnĂ©e, elle a prĂ©parĂ© pour sa jeune enfant et son frĂšre, un coffre rempli de cadeaux et de lettres Ă ouvrir Ă chaque anniversaire et Ă chaque Ă©vĂ©nement marquant de leur vie. Vingt ans plus tard, Genevieve Kingston Ă©crit ce livre, dialogue avec sa mĂšre morte.
Au cĆur du rĂ©cit le coffre : lâouvrir « revenait Ă me plonger dans le monde parallĂšle que ma mĂšre avait imaginĂ© pour nous ». La mĂšre crĂ©ative, volontaire, croyant aux mĂ©decines alternatives, est lâagent central, alors que le pĂšre hĂ©sitant comme le frĂšre taiseux apparaissent plus fragiles. La narratrice juxtapose souvenirs dâenfance, rites familiaux, rĂ©flexions rĂ©trospectives scandĂ©s par les dates dâouverture des cadeaux et des lettres ; mais son rĂ©cit, qui procĂšde par touches, Ă©chos, retours en arriĂšre, nâest pas rĂ©ellement chronologique. GeneviĂšve Kingston, qui a Ă©crit pour le théùtre, sait, dans ce premier roman, remarquablement mĂ©nager la tension dramatique et l’Ă©motion, contenue mais intense. Son immense douleur est racontĂ©e avec pudeur et exigence littĂ©raire. Aucun pathos ni exhibitionnisme dans ces souvenirs parfois extrĂȘmement durs. Une bataille acharnĂ©e, Ă©mouvante et lumineuse contre lâabsence, qui se lit dâun trait. Un beau tĂ©moignage, triste et dĂ©licat. (C.P. et A.Le.)
