Les choses comme je les vois

FAROOKI Roopa

Yasmine Murphy a toujours été « différente » : elle est atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme liée à une extrême intelligence. Depuis les premiers mois de sa vie, « Yas » a des comportements qui perturbent l’équilibre de la famille londonienne irlando-asiatique dont elle est la benjamine. Son frère Asif et sa soeur Lila n’ont jamais réussi à surmonter leurs blessures d’enfance faites de frustration et de jalousie tant elle a monopolisé par ses caprices incompréhensibles l’attention de leur mère. Lila, belle, rebelle et instable, est dévorée par un eczéma ravageur et une agressivité à fleur de peau. Asif, voué à être « le gentil garçon », prend en charge Yasmine à la mort de leur mère quelques années après celle de leur père. À un peu plus de vingt ans n’est-ce pas au détriment de son propre épanouissement ? Mais des événements et des rencontres vont faire évoluer le trio… Anglaise d’origine bengalo-pakistanaise, Roopa Farooki fait par touches juxtaposées le portrait d’une fratrie partagée entre amour et haine, dépendance et besoin de liberté, et très fusionnelle en raison des circonstances. Elle décrit avec une grande acuité les caractéristiques du syndrome d’Asperger, différence plutôt que handicap : mémoire exceptionnelle, obsessions, rites immuables, peur du changement, manque d’empathie sinon d’émotions, comportements décalés. Et surtout ce qu’éprouve au quotidien l’adolescente. La construction est classique : une succession de chapitres se focalisent à tour de rôle sur les trois personnalités très contrastées. Quant au style, tonique, il évite tout mélodrame, introduisant même de l’humour dans ces relations fortes, parfois douloureuses à l’extrême. Les difficultés et les obstacles semblent se succéder pour être surmontées. Et peut-être est-ce là une vision trop optimiste… Pourtant comme il s’agit d’un roman on ne peut que se laisser capter par cette approche si particulière de la « différence ».