Le numéro un

CHEVELEV Mikhaïl

En 1984, alors qu’il brave l’interdiction gouvernementale en revendant des pneus sur le trottoir sans passer par les magasins d’État, Vladimir subit un contrôle de police. Ce qui ne devait aboutir qu’à une simple amende se transforme en cauchemar lorsqu’un agent du KGB lui extorque sa collaboration sous peine de représailles. Ce n’est qu’en 2018, lorsqu’un jeune Américain à la recherche de ses origines débarque à Moscou et le contacte, que le passé refait surface…

À travers le destin de son personnage, le journaliste russe d’opposition Mikhaïl Chevelev plonge dans les années 90 et l’époque contemporaine pour démontrer comment un citoyen ordinaire, à la suite d’un mauvais concours de circonstances, peut être contraint à collaborer puis à basculer dans le giron d’une mafia tapie dans l’ombre de structures officielles. Efficace, le récit traduit la réalité russe en démontant un engrenage bien rodé : la débrouillardise des habitants, qui contournent les lois pour survivre, le soudoiement de la police, qui s’avère le plus souvent suffisant mais se heurte parfois aux moyens de pression du KGB qui tient alors en laisse des individus terrorisés pour leur famille. Derrière les caractéristiques romanesques du livre se profile une Russie héritière de cette instance, celle des « hommes d’affaires » aux manettes d’une économie faite de corruption, de coercition, de détournements de fonds et de blanchiment d’argent via des offshores sophistiqués. Nourri de son expérience, Chevelev questionne les enjeux à la double lumière du passé et du présent et nous offre un livre captivant, à la limite du thriller. (Maje et M.-N.P.)