L’ange rouge

GÜRSEL Nedim

Berlin, de nos jours. Un biographe de Nâzim Hikmet doit y rencontrer Ange, un mystérieux indicateur d’origine turque qui a appartenu à la STASI et détient des documents sur la vie et l’activité politique du poète turc à l’époque de la guerre froide. Le biographe revit sa propre jeunesse dans la capitale allemande et restitue « sa » vie d’Hikmet, ses errances et ses contacts avec l’intelligentsia européenne. Ange – qui signe aussi Diable – meurtri depuis l’enfance, homosexuel, communiste désabusé, vit dans la nostalgie de ses origines et connaît un destin tragique. Les rapports qu’il faisait à la STASI révèlent sa trahison envers son compatriote et ami qui n’a pas répondu à ses avances amoureuses. Trois histoires habilement reliées composent ce livre dense aux nombreuses références historiques. Les comptes rendus d’Ange assurent le lien entre le récit du biographe et celui consacré à l’indicateur. L’auteur de Sept Derviches (NB juillet-août 2010) revisite une époque révolue et la ville de Berlin, enneigée et sombre, là ou vivait Hikmet, aventurier inspiré et lucide, habité par les parfums et les couleurs d’un Orient perdu. Cette restitution romancée de la vie du poète est aussi une réflexion nostalgique sur l’emprise du temps. L’écriture en est puissante et riche.