En liberté

BÉROT Violaine

Des chevaux, des poneys, un troupeau de chèvres. Des bois et des prairies tout autour de l’étable, de la ferme et du poulailler. Le domaine reçoit un jour l’agrément de « ferme pédagogique ». Plusieurs fois par semaine, un bus dépose des enfants le matin, et les ramène le soir à l’hôpital psychiatrique. Ce ne sont jamais, ou si rarement, les mêmes. Des gamins perdus, cabossés, mutiques ou violents, que l’on calme avec des médicaments… Des petits enfants inconsolés dont les yeux s’ouvrent sur ces grands espaces où vivent les animaux. Ils peuvent aller où bon leur semble, les approcher, les toucher, les câliner. Alors, même si leurs gestes sont malhabiles, quelque chose d’essentiel vient se nouer entre eux et les bêtes.

C’est en poète que Violaine Bérot raconte cette expérience d’accueil qui a été la sienne pendant quelques années. L’écriture, ardente et épurée, suggère la cadence des battements du cœur autant que leur saisissement quand se produit l’indicible : cet instant où l’animal, comme sensible aux brisures, laisse l’enfant se livrer à lui, en entier. Ses témoignages, poignants, attestent de la force du lien entre l’être humain et son environnement, ils disent aussi sa fragilité et sa raréfaction. De ces pages-poème, nécessaires et lumineuses, sourdent l’engagement de l’autrice, sa profonde empathie, et la joie, intérieure ou explosive, des enfants qui ont pu vivre ces moments d’intense liberté. (P.H. et M.G.)