American Spirits

BANKS Russell

Dans ces trois nouvelles posthumes, possiblement inspirĂ©es de faits divers violents, perpĂ©trĂ©s Ă  Sam Dent (bourgade nord de l’État de New York), Russel Banks (Le royaume enchantĂ©, Les Notes janvier 2024) esquisse un portrait de l’AmĂ©rique profonde trumpiste : dans ce village enrichi par la chasse, les bois, et deux fabriques de chaussures, dĂ©filent un forestier dĂ©classĂ© qui a vendu les terres familiales Ă  un entrepreneur de formation Ă  l’autodĂ©fense… un couple conventionnel voisinant avec un mĂ©nage lesbien qui a adoptĂ© quatre orphelins afro-amĂ©ricains… un mĂ©nage de retraitĂ©s malencontreusement pris en otage pour une histoire de drogue Ă  laquelle est mĂȘlĂ© leur petit-fils


TrĂšs bien traduites, pleines de suspense, ces trois nouvelles d’égale qualitĂ©, qui s’autocitent parfois, se lisent avec fiĂšvre ! Elles s’attachent au bas de la classe moyenne blanche des États-Unis provinciaux et explorent les hostilitĂ©s souterraines qui minent les communautĂ©s rurales. MalgrĂ© leur briĂšvetĂ© elles livrent souvent une vision psychologique percutante des protagonistes. Si certains passages portent parfois une forme de lyrisme de la nature et des vastes espaces, l’écriture adopte en gĂ©nĂ©ral une approche sĂšche, incisive, impassible et parfois raisonneuse, qui contraste avec la noirceur du rĂ©cit, produisant une sorte d’effet comique qui Ă©voque l’équivalent littĂ©raire des films de Tarantino ou des frĂšres Coen, d’ailleurs citĂ©s dans le texte. Une lecture, paradoxalement rĂ©jouissante, qui file Ă  vive allure. (D.M.-D. et A.Be.)