À la place du mort

BALDENBERGER Paul

Printemps 1984. David a douze ans et son destin prend la forme d’une Peugeot bleue et d’un pistolet braqué sur sa tempe. L’homme qui l’oblige à monter en voiture est un pervers sexuel qui le retiendra trois heures. C’est le récit de ce viol que restitue David, devenu adulte, sa vision de la tragédie, sa culpabilité, son sentiment d’inexistence.  

C’est en dépassant sa propre blessure d’enfant violé et le poids d’un frère vénéré décédé avant sa naissance que l’adulte parvient à survivre. Le souvenir est rémanent, incontrôlable, surgissant à l’improviste dans la vie de celui qui, enfant, accepta de donner au prédateur ce qu’il convoitait malgré la peur inhibitrice. Avec des mots réalistes, Paul Baldenberger insuffle à son premier roman une grande tension, mais permet au récit de s’échapper de la tragédie par des digressions opportunes, voyages à rebours à travers différents moments de sa vie. Des respirations qui restent cependant en relation avec le drame traduisant sa difficile réappropriation. Le talent de l’auteur est manifeste et, pour son style et son écriture, sa grande sensibilité, on attend avec impatience Paul Baldenberger sur un autre sujet, plus léger. (Maje et B.T.)