Voir venir

NOVAT Lucile

À Saint-Denis, de hauts murs jouxtant la basilique entourent un parc et la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, illustre pensionnat de jeunes filles. La bâtisse est aussi sévère qu’est figé le prestige de l’institution : uniforme bleu marine, quatre-vingt-dix lits alignés dans un dortoir, pensionnaires surveillées. Mais Vanessa, la jeune pionne étudiante venue des quartiers, laisse passer les fantaisies de quatre adolescentes, que l’amitié rend inséparables. Un soir, celles-ci osent l’impensable : fuguer, en robe et talons. Pas très loin. Dans la crypte de la basilique, la nécropole royale, là où reposent les gisants.

Du prologue à l’épilogue, l’horloge tourne pendant vingt-quatre heures. Des incises dans le déroulement de l’histoire esquissent le parcours des « légionnaires » qui ne viennent pas toutes d’un milieu aisé. C’est la médaille dont un aïeul a été décoré, souvent pour de hauts-faits d’armes, qui leur a ouvert l’accès à l’école, et la charge de ce passé sanglant pèse lourd dans leur bagage. À l’extérieur, les cités défavorisées. À l’intérieur, la révolte et l’insubordination qui grondent autant que le sentiment d’abandon. Par sa maîtrise du langage oralisé, argotique, mêlé à la prose brillante, Lucile Novat rend palpables les turbulences, le mal-être ou les joies explosives. Et dans ce récit où résonne l’écho lointain des contes, on ne peut « voir venir » la déflagration des toutes dernières pages. (P.H. et P.M.)