Marie, née juste avant la Seconde Guerre mondiale dans une ferme picarde, est privée d’études secondaires pour aider sa mère. L’homme qu’elle épouse, étroit d’esprit et réactionnaire, devient tyran domestique jusqu’à la violence et jusqu’à la cloîtrer au foyer. L’arrivée tardive de ses filles – la cadette est l’auteure du récit – donne enfin un intérêt personnel aux tâches dont elle s’acquitte depuis toujours pour les autres. Ce n’est qu’à l’arrivée de ses petits-enfants qu’elle ose voler du temps pour choisir de le passer auprès d’eux.
Le titre du récit, emprunté à Colette, résume la vie de cette femme. Elle a subi par devoir les événements jusqu’à la mort de son mari et s’est toujours effacée, même si elle a su – bien trop rarement – déjouer la surveillance maritale au profit de ses filles, par exemple pour leur permettre d’accéder aux livres qu’il interdisait. L’habileté narrative de Véronique Ovaldé, son style concis, brillant et fin, ainsi que son humour littéraire évitent le pathos. Sa délicatesse préserve sa mère dont elle a pu détester, adolescente, l’invisibilité et le renoncement à lutter, par crainte de lui ressembler. Cette femme du siècle dernier, qui a dit « avoir vraiment raté sa vie », se voit offrir par sa fille devenue écrivaine talentueuse un portrait très émouvant. (J.H. et A.-M.G.)
