Pour ces six femmes – Sophie Cruvelli (cantatrice célèbre), la reine Victoria, Marie Bashkirtseff, Katherine Mansfield, Colette et Jackie, mère de l’auteur – la Côte d’azur et ses rivages enchantés ont été un lieu privilégié, un refuge dans leurs vies mouvementées parfois tragiques (Katherine et Marie mourront très vite de la tuberculose)… Pourvues pour la plupart d’une aisance financière écartant tout souci, toutes rêvaient d’exister au delà du corsetage des guêpières et des devoirs féminins de leur époque, de « s’accomplir ». En ce sens la Méditerranée fut pour chacune une féconde découverte.
Bien que née à Arcachon, Chantal Thomas aime visiblement la Côte d’Azur, elle en chante les charmes qui n’ont guère changé depuis le siècle dernier. Elle aime aussi ses héroïnes dont elle parle avec une plaisante chaleur amicale et avec des citations ajustées, ce qui donne à son court récit (168 pages) une allure joyeuse et érudite. Si toutes les six furent sensibles à ce décor sensuel qui infléchit leur destin, il le fut pour chacune de façon différente, échappatoire inspiratrice, levier revigorant, ancrage pacifiant ou encore virage déterminant. Plusieurs photos d’époque les font revivre en noir et blanc (hélas ! la reine Victoria y est vraiment laide). Reconnue pour ses Adieux à la reine, Chantal Thomas est entrée à l’Académie française en 2021, a été couronnée de prix prestigieux. La couverture de son ouvrage est particulièrement réussie, avec la silhouette en bleu d’une femme nue, sortie des « papiers découpés » de Matisse. Bref, une lecture parfaite pour finir l’été. (M.W. et C.R.P.)
