Savoir perdre

TRUEBA David

Sylvia, lycéenne de seize ans, vit à Madrid avec Lorenzo, son père divorcé, cadre au chômage. Non loin d’eux demeurent les grands-parents, Leandro et Aurora. Leur vie, banale en apparence, dissimule beaucoup de mensonges. Pendant que son épouse malade s’éteint lentement, Leandro dilapide sa retraite avec une prostituée et Lorenzo s’acoquine avec de petits trafiquants .Quant à Sylvia, elle aime dans la clandestinité Ariel, un jeune footballeur argentin, vedette de l’équipe locale. Résignés, amers, les personnages ordinaires de David Trueba se réfugient dans une vie parallèle pour mieux supporter leur déroute secrète, loin du regard des autres. Chacun se cloisonne dans son univers, le sexe tarifié pour l’un, le foot pour l’autre.

 

En brefs chapitres, centrés chacun sur un personnage, l’auteur structure un roman très dense et brosse un portrait peu complaisant d’une société dédiée au profit. Il pointe le milieu du football perverti par l’argent, le travail au noir, la prostitution, l’exploitation des sans-papiers. Seule Sylvia, avec sa juvénile franchise, apporte un peu de fraîcheur. Il faut se donner le temps d’apprécier ce texte ample, souvent cru, qui se déploie avec nonchalance et laisse dans son sillage une certaine mélancolie.