Revolver

NAKAMURA Fuminori

Un soir de pluie, un jeune étudiant marche au hasard dans Tokyo. Il découvre un cadavre et, à côté, un revolver dont il s’empare, sans raison claire. Fasciné par cet objet, il lui voue une sorte de culte fétichiste. Posséder cette arme donne un sens à sa vie totalement vide. La menace d’accusation de meurtre l’ébranle lorsqu’il reçoit la visite d’un policier perspicace qui soupçonne chez lui des pulsions de mort. Progressivement il entre dans un délire exaltant, un besoin de passer à l’acte en assassinant quelqu’un, peut-être sa voisine, qui martyrise son enfant… Sombre thriller d’un jeune écrivain doué (Pickpocket, NB janvier 2012), ce récit d’une névrose, nourri de psychanalyse, révèle un talent certain. Le héros, absent de lui-même et halluciné, raconte sa chute sans complaisance, détaillant ses obsessions et ses fantasmes. Comme atteint du syndrome dissociatif, perdant peu à peu contact avec ses proches et ses amies qui ne le reconnaissent plus, il symbolise une jeunesse nipponne sans repère, solitaire et fragile. Cette dérive, fort bien écrite et décrite, repose sur un sujet original inquiétant et dérangeant : l’objet revolver, symbole de masculinité et de puissance au potentiel destructeur et déstructurant. L’étrange atmosphère de ce roman laisse une impression durable. (M.Bi. et B.Bo.)