Nos années rouges

STEFANINI Anne-Sophie

1965. Dans une cellule de la Sécurité intérieure de Boumédiène, Catherine attend et se souvient. De son père, militant communiste rigoureux et fervent, qui l’a élevée en banlieue parisienne dans sa foi. De sa mère, plus libertaire, partie vivre un rêve anarchique. De ses études de lettres, de sa rencontre avec Vincent, de leurs convictions communistes partagées, de l’indépendance de l’Algérie. Et de leur arrivée à Alger à l’automne 1962, ivres d’amour, d’idéal prosélyte, de projets et de lendemains qui chantent.   Le lent et lancinant monologue qu’Anne-Sophie Stefanini (Vers la mer, NB septembre 2011) égrène dans ce court roman n’est pas une rumination confinée sur elle-même, mais plutôt une adresse entre justification et excuse à un père omniprésent. Le récit y gagne en intensité et en émotion. L’analyse psychologique fine de l’évolution divergente des deux héros s’adosse à celle, plus large, de l’histoire des « pieds-rouges », ces Français, communistes, humanistes, clandestins du FLN, soignants, enseignants, acteurs, idéologues ou idéalistes, souvent aveuglés, qui firent alors le chemin inverse de celui des « pieds-noirs ». Une page d’Histoire peu connue, revisitée dans sa complexité par une fiction attachante. (M.N-.P et C.R.P.)