Mille crétins

MONZÓ Quim

Dans de précédentes nouvelles (Guadalajara, NB décembre 1998), Quim Monzó poussait la logique de ses raisonnements jusqu’à l’absurde. Avec ce nouveau recueil, l’absurde reste omniprésent, soutenu par un humour bien noir. Un célibataire endurci épouse une ex-petite amie qu’il croit gravement malade, il pourra donc vite récupérer sa liberté ; pas de chance, elle revit grâce à l’amour ! Une femme divorcée, ou peut-être simplement veuve, s’acharne, d’une façon drastique, à détruire absolument tout ce que son mari a pu toucher. Le Prince charmant qui peine à réveiller la Belle ne se doute pas qu’elle lui tend un piège. Un lecteur impénitent ne s’endort jamais en lisant, contrairement à son épouse, même s’il choisit des livres niais et soporifiques, jusqu’aux revues de bricolage qui lui donnent envie de se construire une bibliothèque.

 

La mesquinerie des petites vies, l’horreur des cliniques gériatriques, la routine fastidieuse du quotidien, l’inanité, la vacuité des choses, l’hypocrisie sociale, tout cela est décrypté, décortiqué, disséqué avec une férocité gourmande. Le style lui-même, fait d’enchaînements et de répétitions, contribue à cet enfermement. Déprimant ? Peut-être. Mais tellement bien dit !