Malentendus

LECLAIR Bertrand

Ann√©es soixante. Une famille exemplaire : le mari, qui r√©ussit tout ce qu’il entreprend, l’√©pouse aim√©e et aimante, docile, qui l’admire, un fils de quatre ans adorable. Coup de tonnerre : Julien, un an, est sourd. Le p√®re est certain de pouvoir r√©gler ce probl√®me rapidement. Il √©tudie les publications de Graham Bell, lui-m√™me sourd, g√©nial inventeur du t√©l√©phone et d’appareils auditifs. Julien doit porter des proth√®ses du lever au coucher. Le langage par signes est alors strictement interdit et les enfants surpris √† l’utiliser ont les mains attach√©es. Reste l’orthophonie, r√©p√©tition inlassable des syllabes avec une voix rauque. On les moque, ces enfants, ils font peur, ils sont tristes. Julien se sauve √† Paris, la haine de son p√®re ne le quittera jamais.¬†Il est dommage que l’auteur, qui dans Une guerre sans fin (NB mars 2008) traitait d√©j√† de rapports difficiles entre parents et enfants, donne un comportement aussi caricatural aux parents de Julien dans cette histoire particuli√®rement int√©ressante de la surdit√© au XXe si√®cle qui se termine par la victoire du langage des signes sur l’oralit√©. Emmanuelle Laborit, cit√©e dans cet ouvrage pour sa d√©fense des sourds qui ‚Äúsignent‚ÄĚ, dirige aussi un th√©√Ętre pour eux.