Jennifer a des ennuis : dâabord le clavier de son ordinateur refuse de marquer les points, puis ce sont le «a» et le «u» qui disparaissent. Une phrase lui vient brusquement Ă lâesprit, liĂ©e Ă un vieux film qu’elle visionnait, enfant, avec son grand-pĂšre et Ă un petit pull jaune marquĂ© d’une mystĂ©rieuse tache de sang. ObsĂ©dĂ©e par cette phrase dont elle ne parvient pas Ă retrouver la fin, elle dĂ©cide de retourner dans la ville de son enfance, Perpignan, oĂč elle tente de reconstituer Ă lâidentique la « scĂšne » de sa phrase, en visionnant inlassablement Autant en emporte le vent.
Dans ce rĂ©cit Ă la premiĂšre personne, aussi cru que cocasse Ă la mode Perec, Lucie Rico dĂ©veloppe toute une rĂ©flexion sur la mĂ©moire traumatique : une femme, qui se dĂ©peint sans complaisance, cherche Ă terminer une phrase et se voit dans l’impossibilitĂ© de remettre sa vie en ordre. PrivĂ©e de lettres essentielles, lâĂ©criture sâeffrite (trauma devient trm) et sâefface comme la mĂ©moire : « Un souvenir nous manque et tout est dĂ©peuplé » rĂ©pĂšte la narratrice. Plus Jennifer cherche Ă retrouver la vĂ©ritĂ©, plus celle-ci semble lui Ă©chapper. Ce livre, astucieux et original, est une sorte de thriller psychologique singulier, Ă la fois drĂŽle, burlesque, absurde et profondĂ©ment troublant qui se lit avec dĂ©lectation. (C.P. et A.Le.)
