Le modèle oublié

PERRIN Pierre

Dieppe, fin 1842. À trente-quatre ans, riche de sa beauté et de ses lectures, Virginie Binet reçoit de Paris le courrier qu’elle espérait sans y croire : le jeune peintre Gustave Courbet l’attend rue de la Harpe. Depuis leur rencontre, elle est possédée par la faconde, la vigueur du beau parleur. Il l’aime. Moins que lui-même, moins que la peinture sans doute… Elle hésite, le rejoint. Pendant onze ans, compagne, modèle d’un Courbet dévoré d’ambition, elle le soutient, lui donne un fils. Mais, ravagée par ses outrances, par ses absences, elle regagne Dieppe.  Pierre Perrin habite le pays de Courbet. Il choisit la biographie romancée et « Vigie » la bien surnommée pour livrer Gustave derrière le peintre. Dans le grondement d’un Paris chaotique – barricades, répressions, chutes de régimes ou bagarres d’encriers – on suit l’ascension irrésistible de l’artiste vers la gloire. L’auteur ancre solidement son récit avec Hugo, Flaubert, Proudhon ou Baudelaire. Promoteur du réalisme, Courbet, refusant la hiérarchie des genres, l’académisme, le romantisme, sème enthousiasme ou incompréhension. L’homme, lui, apparait égotique, fêtard, goujat, affairiste, socialiste postural, père absent, amoureux infidèle, ami fidèle. Avec adresse et finesse, l’auteur colore d’un contexte intime et social les oeuvres majeures évoquées. (C.R.P. et V.A.)