Ombres sur les armoires, bruits dans le couloir, chiens méchants, fantôme sous les draps, vieilles sorcières et flammes de dragon… : de tout cela « même pas peur du tout ». Tchiper, rabrouer, railler et marcher avec un talisman magique dans sa manche pour que détalent et enragent tous ces durs à cuire et ces inconnus dans le noir. Ainsi sont convoqués les démons de nos peurs d’enfants et de nos violences d’adultes, dont il faut triompher pour que se lève l’Homme affranchi et fier.
Écrit par une romancière, poète et dramaturge militante noire à l’époque de Malcom X et de Martin Luther King, ce poème de 1978, sombre et réaliste, s’inscrit en leitmotiv, dans le combat de toute une vie. En 1993, dans une Amérique encore blessée et divisée, Sara Jane Boyers a eu l’idée d’illustrer le poème avec les œuvres de Jean-Michel Basquiat, afro-américain lui aussi et grande figure de la culture underground des années 1980 ; ses œuvres, dures et fracassées comme des graffitis se marient bien avec les mots de Maya Angelou. La réunion des deux artistes, qui savent bien ce que lutter veut dire, donne un album fort et puissant de révolte jetée comme un défi aux forces mortifères. (M.F.L.G.)
