Du domaine des murmures

MARTINEZ Carole

En l’an de grâce 1187, au bord de la Loue, la très jeune et très belle Esclarmonde, fille choyée du Seigneur des Murmures, refuse, au jour même de ses noces, de se marier. Son père l’a promise au fils du châtelain voisin, un rustre qui déplaît au plus haut point à la damoiselle. Plutôt qu’une telle alliance, la jouvencelle de quinze ans dit vouloir se consacrer à Dieu. Son père, de rage, acquiesce à son désir et la fait emmurer dans une étroite cellule contre la chapelle du château. Nourrie de brouet clair, la voici passant ses jours et ses nuits en prière jusqu’à ce qu’un imprévu de taille bouleverse sa vie de recluse et de femme…

 

Le récit, tissé de fantasmagories médiévales et nimbé de mystère, tient en haleine jusqu’au dénouement. Comment ne pas vibrer à l’écoute des confidences d’Esclarmonde -magnifique vierge à l’enfant – devenue l’objet d’une dévotion populaire avide de merveilleux, alors même que le feu divin s’est transformé en braise ? Elle qui n’était rien devient puissante, jusqu’à envoyer en croisade son père et d’autres seigneurs du voisinage à la suite de l’empereur Frédéric Barberousse. La lutte désespérée des croisés au pied de Saint-Jean-d’Acre est évoquée avec puissance et réalisme.

 

Ces subtils revirements, tout en nuances et sentiments contrastés, sont portés par le style poétique, évocateur et raffiné qui caractérise Carole Martinez. Avec quel talent elle recrée un Moyen Âge de légende, ses codes féodaux, sa religiosité omniprésente, ses croisades dévastatrices, sa brutalité et son amour courtois… Avec quelle vigueur elle donne vie à moult seigneurs, face à d’accortes filles ou gentes dames! Carole Martinez, magicienne de la plume, fait surgir d’un coup de baguette ensorcelée une très belle histoire qui s’inscrit dans les rétines et dans l’imaginaire. Un tour de force d’une grande originalité.