Quinquagénaire, atteint d’une maladie neurodégénérative précoce et sujet à de douloureuses migraines hallucinatoires, Rufous Flanagan entame une randonnée de plusieurs jours pour rallier la cabane perchée où s’est réfugiée l’année 1979 sa fratrie fusionnelle et orpheline : son frère Silch (quatorze ans à l’époque) et ses trois sœurs (Fletch, Fawn et sa jumelle Calliope, quinze, dix et cinq ans). Cartographe des espèces en voie d’extinction, il parcourt l’écosystème grandiose de la montagne canadienne agressée par le feu, et chemine parallèlement dans le labyrinthe de sa mémoire.
Attachant, cérébral, poétique et sensuel, ce road movie initiatique, méditation grave et nostalgique sur le temps, écrit par une géographe préoccupée d’écologie, pourrait déconcerter le lecteur pressé. Les strates successives du récit (progression pénible du randonneur, souvenirs fraternels pleins de tendresse de 1979, adolescence chez deux tenancières de café irlandaises qui lui ont appris à grandir, carrière de forestier soucieux d’environnement), sont distribuées en lambeaux apparemment disparates, qui mêlent présent et passé, réalité et illusion, et forment pourtant progressivement un portrait vivant, sensible. La nature grandiose, apaisante, parfois hostile, toujours menacée, les animaux mêlés aux humains, la puissance des liens de sang ou de cœur donnent à cette recherche du temps perdu une belle vision d’espoir, confortée par un dénouement surprenant et remarquablement servie par un style dépouillé et lyrique. (D.M.-D. et M.Bo.)
