Pierre Drieu la Rochelle, issu d’un milieu bourgeois peu fortuné, et Colette Jéramec, issue d’une riche famille juive, se rencontrent à Paris en 1913. L’échec de Pierre à Sciences Po met fin à ses ambitions diplomatiques. Il sera écrivain. Médecin, elle travaillera à l’Institut Pasteur. Ils s’aiment. Il s’engage, mais est brisé par la Première Guerre mondiale. Mariés en 1917, ils divorcent en 1921.
Jean-Noël Orengo retrace avec brio l’histoire d’un amour hors norme. Un couple incapable de vivre ensemble et pourtant très attaché malgré ses divergences. L’auteur ressuscite l’effervescence intellectuelle et les passions idéologiques de la Belle Époque, puis des Années folles et de l’entre-deux-guerres. L’écrivain adhère au Groupe dont émergent Dada et le surréalisme, et se lie aux artistes célèbres. Socialiste, il dérive vers le fascisme – il se dit « socialiste fasciste » – et collabore avec les Allemands sous l’Occupation. Pourtant il tire des griffes de la Gestapo quelques amis ainsi que son ex-femme remariée et ses deux enfants. Toujours proche de lui, celle-ci le protègera à la Libération. L’auteur fait le portrait objectif d’un homme pétri de contradictions. Beau, attachant mais inconstant, « hétérosexuel avec des goûts d’homosexuel », pauvre aux goûts dispendieux, écrivain doué dont les œuvres paraissent inachevées. Il fait le choix aberrant du national-socialisme, d’ailleurs contredit par ses actes. Porté par un style brillant et une vaste culture, et malgré les digressions, ce récit dense et très riche captive. (L.G. et M.Bo.)
