Ligne de feu

PÉREZ-REVERTE Arturo

Juillet 1938. La bataille de l’Èbre, une des plus meurtriĂšres et dĂ©cisives de la guerre d’Espagne, fait rage. Surplombant le village de Castellets del Segre en aval du fleuve, se dressent deux pitons rocheux, Lola et Pepa. Les Fascistes tentent de reprendre Lola aux RĂ©publicains qui les ont eux-mĂȘmes dĂ©logĂ©s de lĂ  il y a peu. Cela dure depuis une semaine. De part et d’autre les hommes sont Ă©puisĂ©s. On ne se bat plus pour gagner mais pour survivre.

Ancien correspondant de guerre, le romancier dĂ©crit avec un rĂ©alisme impressionnant les assauts successifs menĂ©s depuis chaque camp. Toute tactique est dĂ©sormais absente. Le visage creusĂ©, le souffle court, les hommes n’en peuvent plus de marcher et de se battre. Les murs calcinĂ©s et grĂȘlĂ©s de projectiles, une fumĂ©e asphyxiante, l’odeur pestilentielle des cadavres, le bruit assourdissant des explosions tĂ©moignent de la violence des combats. De multiples personnages Ă©mergent de ce chaos : agentes de liaison, officiers, simples soldats, journalistes, membres des brigades internationales, jeunes recrues, les « Biberons », dont l’écrivain dĂ©taille les rĂŽles avec Ă©motion et empathie. Ils sont comme le lent moteur d’une machine Ă  produire de l’horreur roulant inexorablement vers l’embouchure du fleuve, horizon lointain de ce qu’il reste d’espoir pour ces « putains de Rouges ». L’écriture est sobre et forte. Cependant, emportĂ© par la passion pour son pays et la richesse de ses recherches, l’auteur se perd dans les dĂ©tails, reprend sur plus de cinq cents pages des scĂšnes d’offensive qui se ressemblent, attĂ©nuant en partie le grand intĂ©rĂȘt de l’ouvrage. (A.Lec. et B.T.)