À 107 ans, Célestine avoue à une certaine « Biquette » qu’elle en est venue à commettre un meurtre dont elle n’a jamais été soupçonnée. Elle évoque la mort à la guerre d’un père qu’elle n’a pas connu, le remariage de sa mère qui meurt en couches en mettant au monde une petite Solange qu’elle devra élever sous la houlette d’un beau-père brutal. Ses rêves de poursuivre des études s’envolent.
Marie Vareille, primée surtout pour ses livres destinés à la jeunesse, fait entendre dans ce nouveau roman deux voix de deux demi-sœurs qui donnent en alternance leurs points de vue sur la même histoire. L’une a mené à bien sa mission d’éduquer sa fratrie au prix d’un terrible renoncement à ses propres aspirations. L’autre, élevée par la première, découvre qu’elle est tiraillée entre le monde réel et une irréalité qui la terrifie, avec des voix qui la harcèlent. Si la première compose avec un milieu qui bafoue les droits des femmes, la seconde, plus indocile, crie dans des poèmes vibrants la souffrance d’une « malade » méprisée, reléguée d’abord dans une maison de redressement puis dans un hôpital psychiatrique. La romancière dresse un tableau désolant d’une société patriarcale cruelle qui étouffe les rêves des filles. Un roman bouleversant qui tient en haleine en distillant jusqu’à la fin de lourds secrets et qui célèbre avec bonheur la conquête de la liberté de quatre générations de femmes, solidaires malgré les trahisons et malentendus. (A.K. et A.-M.G.)
