Au début des années 1980, Ahmed Halfaoui, ouvrier et syndicaliste CGT cherche à sensibiliser le gouvernement et les médias sur les conditions des travailleurs. La haine gagne du terrain dans les cités, et la lutte sociale se heurte à une recrudescence de la violence raciste et sexiste. On suit les affrontements entre punks et groupuscules d’extrême droite, épaulés par les skinheads prêts à en découdre. Lors d’une grève à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois, un groupe d’individus infiltre le service de sécurité d’une manifestation et tout dégénère…
Cette BD est une très bonne reconstitution de l’ambiance des années 80, celle des luttes sociales et de la montée des extrêmes, et aussi celle d’une jeunesse qui se cherche, marquée par la vague punk et les luttes antiracistes. Ce récit qui dénonce clairement les violences des groupuscules d’extrême-droite s’attache à décrire des parcours humains pour tenter comprendre la montée de ces mouvements : besoin de reconnaissance et d’appartenance, politiciens manipulateurs, individus perdus semblant mus uniquement par un besoin de violence, simples suiveurs. Au milieu de tout cela, la police décrite avec ses contradictions est éclairée par la figure d’une commissaire de police qui, n’étant dupe de rien, fait ce qu’elle peut.
La rudesse du récit est très bien soutenue par un dessin anguleux qui ne cherche pas à « faire beau ». Les références de l’auteur aux chansons des Bérurier noirs contribuent efficacement à plonger le lecteur dans l’ambiance violente de cette époque. Les événements très récents de ce début d’année 2026 – le lynchage d’un militant identitaire – montrent que malheureusement ce récit ne relève pas d’une époque révolue. Il en est d’autant plus utile.
(XB)
