Février 1947. Jacob Lenz, officier de l’armée américaine d’occupation de l’Allemagne, ne peut arriver à Brême à cause des ruines. Après avoir traversé une forêt dense et sinistre, il s’installe à l’auberge où vivent seuls la tenancière et son fils. Il rejoint la Commission de dénazification dont le chef est un bavard impénitent. Un gros problème occupe la Commission : les mainates de la forêt voisine chantent des hymnes nazis ! Le capitaine s’interroge alors que, mélancolique, il parcourt la région puant les cendres et couverte de gravats ; il a peu d’échanges et boit pour s’occuper.
Jean-Yves Jouannais, professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris, est fasciné par la guerre et les ruines. Par ce conte, il pose le problème de la responsabilité individuelle et collective du peuple allemand dans les crimes nazis. Les mainates qui reproduisent les voix humaines chantent innocemment ce qu’ils ont entendu et, pire, l’enseignent à leurs oisillons, risquant de perpétuer le souvenir d’une idéologie criminelle. Faut-il reconnaître leur responsabilité pénale et traîner ces volatiles devant un peloton d’exécution ? Pourtant des femmes condamnées à trier les décombres et le fils de l’aubergiste paient pour leurs crimes. Un style sobre, concis mais pictural montre les villes dévastées et les traces de combat, l’air pollué, évoque les deuils et humiliations sous-jacentes dans un univers où la raison du capitaine, elle aussi, vacille. (S.La. et A.Be.)
