Trencadis

DEYNS Caroline

Recoller les morceaux… se reconstruire. À vingt-quatre ans, mariée et mère de deux enfants, à peine sortie du noir cauchemar de la dépression suicidaire, des électrochocs et de l’hypnose, Marie-Agnès Mathews rêve d’emménager dans un palais Gaudí, d’habiter ses courbes de céramiques colorées. Impossible ? Pas pour la descendante du chevalier Gilles de Rais, redevenue Niki de Saint Phalle, qui va consacrer sa vie de femme libre à combattre ses monstres intimes en composant une œuvre multiforme, sombre et joyeuse, jalonnée de serpents bicéphales et de femmes montgolfières bariolées.

Le modèle est séduisant, charismatique. Le portrait qu’en fait Caroline Deyns est d’une grande finesse. Une incarnation romanesque morcelée : mosaïque chronologique de scènes quotidiennes ou fondatrices, de témoignages recomposés ou imaginés, de calligrammes et jeux typographiques surprenants et touchants. Comme les éclats d’un trencadis,  ce jeu de fragments épouse les sinusoïdes des peines et exaltations de l’artiste et leur restitue cohérence et signification. L’auteure ne passe rien sous silence : aspects destructeurs ou fantasques de la créatrice, fulgurances, faiblesses, complexité, sensualité, volonté farouche, puissance quasi surnaturelle. Un roman biographique à la forme originale et maîtrisée, qui sert remarquablement le destin poignant d’une femme forte et fragile à la fois. (T.R. et A.-M.D.)