L’inconnue du désir

CHAWAF Chantal

À Paris, Annerose habite un entresol exigu. Handicapée mentale, elle bénéficie d’une petite allocation, ne travaille pas et se morfond chez elle… excepté les jours où elle est invitée chez Hubert et Mona dans leur appartement qui donne sur le jardin du Luxembourg. Alors, sous le regard pénétrant d’Hubert et celui assez indifférent de sa femme, la jeune fille, blottie dans un fauteuil, hypnotisée, mendie l’amour, s’illusionne et redoute la disgrâce. La sensualité et l’autorité de l’homme la troublent. Il en joue, elle se débat, le piège se referme…

 

  Chantal Chawaf (Les Obscures, NB janvier 2009) décrit en quelques pages un huis clos tragique. Trois personnes se prennent et se déprennent, mais le jeu est inégal : d’un côté la compassion feinte, la connivence calculée, la perversité et l’indécence des propos, de l’autre la timidité, la violence des sentiments contenue, la honte de n’être que soi. Dès les premières lignes, le malaise s’installe et va en s’intensifiant. Le nom, l’argent, le sexe : credo d’un monde qui veut bien se pencher sur l’assoiffée, la mal-aimée, la désespérée. L’écriture sensuelle envoûte. Dans une atmosphère feutrée et sournoise, l’effet est d’autant plus percutant, voire révoltant. (M.-A.B. et M.-C.A.)