Au XIXe siècle, dans la Louisiane vendue aux Américains, Louis et Jacques de Beauregard exploitent une plantation de canne à sucre où triment leurs esclaves noirs. Jacques achète un « négrillon » de quinze ans qui s’avère doué pour la musique. Son épouse mélancolique lui donne accès à son piano où il improvise. Elle ne peut plus s’en passer. La plantation prospère. Mais les esclaves se révoltent et le musicien, rebaptisé Jean-Baptiste et surnommé l’ensorceleur, suscite la jalousie féroce des autres. Il s’enfuit. La guerre de Sécession rebat partiellement les cartes…
Habité par des personnages vivants et humains, ce récit entrelace différents thèmes. En toile de fond, la société sudiste du XIXe siècle, si fière de son art de vie, diverse et fracturée – un monde sépare maîtres et esclaves – évoluant au rythme des aléas climatiques affectant les récoltes, des épidémies, des agitations serviles, de l’histoire des États-Unis… Mais le sujet essentiel est le Blues, rythme à la racine du jazz. Issu du folklore noir, porteur d’une incantation proche de la magie, il est irrigué par la culture occidentale et donc pluriel. L’auteur historien qui se réclame lui-même du multiculturalisme fait de « l’homme aux mille mains » l’inspirateur du Blues, et l’ancêtre supposé du trompettiste Miles Davis. Un style nerveux, souvent elliptique, efficace sert ce roman instructif et prenant. (L.G. et M.Bo.)
