L’amère vérité

SOTAKIS Dimitris

Po Leiris est un écrivain reconnu, titré et populaire qui vit très confortablement de sa plume. Il est heureusement marié à Maria et leurs deux enfants sont merveilleux. Pour la cinquième année consécutive, ils prennent leurs congés d’été dans un bel hôtel cinq étoiles isolé du monde. Ils sont ravis de retrouver leur routine : les connaissances de vacances, la piscine, les restaurants, le parc d’attractions, la foule bruyante des vacanciers. Cependant, à leur arrivée, la situation est moins idyllique qu’anticipée, à commencer par le réceptionniste qui ne les reconnaît pas et leur réservation qui n’a pas été enregistrée. Une chambre libre leur permet de retrouver leur insouciance et tout va à nouveau pour le mieux dans le plus routinier des mondes. Jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus fuir l’évidence : absolument personne ne les reconnaît.

Le cadre du roman est stéréotypé et rien d’intéressant ne se passe, la plus folle des activités étant une après-midi à la plage plutôt qu’à la piscine. La description enthousiaste de cette platitude en devient vite désopilante. Malgré tout, ce qui domine est l’étrangeté de la situation. Comme les personnages, le lecteur cherche une explication : pourquoi personne ne les identifie, ni comme camarades de vacances, ni comme écrivain à succès. Un extrait du dernier opus de Po peut donner des pistes au lecteur mais une seule chose est sûre : l’auteur arrive à faire nôtre l’obsession créée par la mise en abîme du personnage-écrivain, de l’écrivain-personnage, du lecteur et de l’auteur. (P.M. et P.H.)