Juments éreintées

COLLADO CABRERA Bibiana

Un récit de vie par fragments à l’écriture duquel on assiste : Béatrix raconte, en mêlant souvenirs d’enfance et expériences d’adulte, le parcours d’une enfant originaire de l’Andalousie rurale pauvre jusqu’à l’université de Valence où s’ancre une vie de chercheuse en littérature.     

Le « Je »  n’est pas nécessairement  autobiographique. Il introduit  une « sorte de réflexion narrative » qui implique le lecteur, l’invite à prendre position sur des thèmes qui nous touchent nécessairement : l’irréductible frontière qui sépare « ceux d’en bas » des autres, intériorisée par les premiers, les premières surtout prisonnières d’une « culture de la tête baissée » qu’elles transmettent à leurs filles ; le même fossé sépare, en de multiples signes, le milieu intellectuel, l’accès à la culture n’interdisant pas la médiocrité ; l’abus de pouvoir, enfin, dans sa version détestablement cynique de l’emprise amoureuse, est au cœur de ce roman, répertoire de l’insupportable accepté. Le vertige nous prend quand la narratrice interroge jusqu’au bien fondé de ses griefs. L’analyse éblouit par sa justesse, son honnêteté, son refus de tout parti pris d’office, et son maniement de la langue, dont les différences régionales sont autant de marqueurs d’exclusion. Une lecture qui ouvre l’esprit !  (C.B et C.H)