Derrière les arbres, l’enfant de quatre ans est agressé par le copain de sa nourrice. Entre les murs, c’est le gardien d’immeuble, réparateur de vélos, qui abuse de lui, mais aussi l’ami maître-nageur et enfin l’homme politique, ami de l’oncle. Voilà une enfance volée par les hommes et une vie détruite.
Le récit de ces traumatismes est poignant. La dérive de l’adolescent, ses nombreuses addictions, ses tendances suicidaires et sa surconsommation sexuelle témoignent du parcours erratique de l’enfant abusé. Alors qu’une vie ordinaire entre compagne et enfants semblait possible, le passé fait irruption et la mémoire effacée se reconstruit. Le secret peut être révélé progressivement aux proches. Au-delà d’une description très crue des sévices imposés au jeune garçon, l’ouvrage montre les conséquences irréparables de ces actes sur la personnalité de l’adolescent, puis de l’adulte qu’il deviendra, et aborde de façon très circonstanciée les conséquences judiciaires qui peuvent être envisagées. Le récit du journaliste, narrateur de sa propre histoire, est clair, précis, distancié (dans l’enfance il se nomme « le garçon » et n’affiche son prénom qu’à l’adolescence). La puissance de l’emprise est omniprésente. Une lecture éprouvante qui rend compte avec un ton juste et mesuré des situations, et analyse finement la psychologie de chacun tout en donnant la mesure du désastre. (J.D. et A.-M.G.)
