Annawadi : vie, mort et espoir dans un bidonville de Mumbai

BOO Katherine

À Bombay, le bidonville d’Annawadi s’étale aux portes de l’aéroport et des beaux hôtels et vit en triant leurs déchets. Dans la boue et la pollution, sous leurs tôles ou leurs bâches, avec un seul robinet pour tous, les familles survivent. Chez les Husain, on parvient même à économiser pour quitter ces lieux sordides. Mais une voisine, handicapée, hystérique, tente de se suicider. Grièvement brûlée, elle accuse Abdul Husain, le fils aîné, de l’y avoir poussée. Un long procès commence. Policiers, intermédiaires, témoins, travailleurs sociaux, tous réclament des pots-de-vin pour sortir de prison Abdul, son père et sa soeur… Katherine Boo, journaliste de talent, a suivi de 2007 à 2011 une vingtaine d’habitants d’Annawadi, jeunes pour la plupart, à partir de l’histoire d’Abdul. Lucides, énergiques, dévoués à leur famille, ils disent leur quotidien et leurs rêves. Seule, une fille fait des études universitaires. La précarité empêche la solidarité. La violence, les mariages arrangés, les inimitiés de castes, de religions, assombrissent l’horizon : deux assassinats et trois suicides marquent ces années d’enquête. Corruption, magouilles politiques, détournements de subventions, indifférence enfoncent ces gens dans le malheur. Les faits, les noms sont exacts. Une remarquable postface analyse ces données consternantes, recueillies avec professionnalisme.