« Aucune femme ne recourt à l’avortement de gaieté de coeur. Il suffit d’écouter les femmes ». Fin 2022, des enquêtrices et historiennes de l’INA décident de prendre au mot ceux prononcés par Simone Veil lors de son discours à l’Assemblée Nationale en 1974 dans le cadre du projet de dépénalisation de l’avortement; et de libérer la voix des femmes qui ont vécu, directement ou non, des avortements clandestins, avant 1974.
Lorsque sa fille lui envoie l’appel à témoin de l’INA, Falack, la soixantaine, y voit la possibilité d’éclairer la part d’ombre qui hante sa vie depuis toujours : le décès de sa grande soeur Sylvia, au cours d’un avortement clandestin en 1969.
Parce que les droits que certains ont mis des décennies entières à acquérir durablement (jusqu’à les faire inscrire dans la Constitution), d’autres (comme aux Etats-Unis) les perdent en un claquement de doigt; parce que la parole libère et qu’il est essentiel d’écouter pour ne pas oublier ; cette enquête de l’INA est un devoir de mémoire – manifestement mené dans la bienveillance, la sororité et l’empathie la plus sincère – qui ne traite pas des causes qui mènent au choix terrible de l’avortement, mais du danger, souvent vital, qu’encouraient les femmes qui avaient recourt à l’avortement lorsqu’il était illégal et non encadré.
M.V.
