Mathias Enard décide de descendre en canoë la Sèvre Niortaise, qui, certes, n’est ni le Danube ni l’Isonzo séparant le Frioul de la Slovénie, deux fleuves qui surgissent dès le départ en tant que chemins qui mènent à Istanbul. Étudiant à Venise en littérature persane, il est aussi familier de Trieste et de ses auteurs célèbres. Le souvenir de l’arrestation de son ami Vincent est la porte d’entrée d’une page d’histoire avec Lamartine et le Kosovo. Longeant le château d’Agrippa d’Aubigné qui lui rappelle les guerres de religion, il évoque la Bosnie avec Sara, son amour de jeunesse. Le maelstrom des Balkans s’invite immédiatement sur le thème du lion, l’orientalisme très documenté interpelle, la culture littéraire de l’auteur éclabousse. Il faut quelques pages au début pour prendre plaisir à son vagabondage. Littérature au premier chef, poésie mais aussi musique et peinture, tout est pensée serpentine, références, associations d’idées, correspondances. Mathias Enard donne envie, tire des fils érudits et élitistes. Quelques poudres d’étoiles retombent sur le lecteur, totalement étourdi par ce feu d’artifice intellectuel. Flamboyant, mais jamais pédant. (M.-D.A. et B.T.)
Hôtel Balkan
ENARD Mathias
