Dans un avenir lointain la planĂšte Rouge, devenue Providence, est le berceau dâune Ă©lite technologiquement avancĂ©e qui a pillĂ© les ressources de la Terre pendant longtemps afin de finaliser sa terraformation. La Terre, vidĂ©e de ses ressources, survit dans son ombre. Keren Kepler, jeune Terrien brillant, a rĂ©ussi Ă rejoindre les Providencins et travaille pour la Concorde, un programme censĂ© apaiser les tensions entre les deux mondes. Son rĂŽle : recueillir des donnĂ©es, analyser les populations, mieux comprendre les Terriens… ou peut-ĂȘtre mieux les contrĂŽler.
La premiĂšre partie du rĂ©cit installe lentement mais mĂ©thodiquement une dystopie riche, oĂč l’IA, les algorithmes et la collecte permanente de datas posent une question actuelle : qui dĂ©cide vraiment de nos vies quand tout semble optimisĂ© pour notre bien ?
Et tout Ă coup, sans quâon sây attende, le rĂ©cit bascule dans autre chose. Un incident survient, et lâon quitte instantanĂ©ment la vision macro de ce monde aux intrigues gĂ©opolitiques. Pris de court, le lecteur tombe dans un rĂ©cit intimiste, oĂč le deuil et la colĂšre ont remplacĂ© une histoire de science-fiction dont on se demandait un peu jusque lĂ oĂč elle nous emmenait vraiment.
Le dessin est magnifique. La premiĂšre chose que lâon voit ce sont ces couleurs resserrĂ©es autour du gris, du noir et de lâorange-saumon et qui donnent tout de suite une identitĂ© visuelle forte. Les traits sont prĂ©cis, les architectures vertigineuses, les dĂ©cors travaillĂ©s avec minutie et les visages tout en Ă©motion.
Providence est une Ćuvre de SF originale, qui met du temps Ă se mettre en place pour finalement nous prendre Ă revers. Câest un peu dĂ©stabilisant, mais on peut y voir une mise en abime de ce destin quâon ne choisit pas. Ca parle avec justesse de classes sociales, dâinĂ©galitĂ©, du rĂŽle des IA et de la place de lâhumain dans un monde de machines.
(Mc)
