C’était ça ou mourir

ORÉLIEN Thélyson

En Haïti de nos jours, le quartier Carrefour-Feuilles de Port-au-Prince où vit Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie, est en proie à la violence et s’embrase. Lorsque sa maison est menacée par les flammes, il n’a pas d’autre choix que de s’enfuir pour sauver sa peau. Dans l’urgence, il regroupe dans un sac plastique son diplôme, son carnet de poésie, une photo de sa mère, un slip et se jette sur les routes de l’exil.

« Attaché à son sac plus qu’à sa propre vie », le héros va traverser une douzaine de pays, de la République dominicaine à l’Amérique du Nord, parcourir 13 000 kilomètres et raconter dans une écriture puissamment incarnée le long périple de sa migration pour atteindre le Canada. Le récit fait de chairs et d’os meurtris, sans pathos, bouleverse par la justesse de ses phrases et aborde le douloureux sujet du déracinement, de la déshumanisation et de la perte d’identité. Avec des mots simples et des passages saisissants, il nous embarque et nous prend « aux tripes ». Avec son rire et sa vie tenue à bout portant comme à la roulette russe, tantôt aux mains de passeurs brutaux, ou d’une administration kafkaïenne, « l’odyssée » de cet homme invisibilisé nous touche en plein cœur. Un livre coup de poing ! (R.C.G. et L.D.)